Interview de Virginie d’Enfert Directrice des Affaires Economiques, Environnementales et Internationales de la FEBEA

Interview de Virginie d’Enfert Directrice des Affaires Economiques, Environnementales et Internationales de la FEBEA

1- Pouvez-vous nous présenter votre fonction et les activités de la FEBEA en quelques mots ?

Je pilote les activités et services que la Fédération des entreprises de la Beauté (FEBEA) développe au bénéfice de ses adhérents, relatifs aux enjeux du développent durable ainsi qu’aux problématiques liés au développement des entreprises et à l’international.

La FEBEA est l’unique syndicat professionnel des entreprises fabricantes de produits cosmétiques opérant en France. Elle fédère plus de 300 adhérents (82% de TPE-PME et 18% d’ETI ou grands groupes) représentant plus de 95% du chiffre d’affaires du secteur.
Les produits cosmétiques comprennent les parfums, les produits d’hygiène et de toilette (savons, gel douche, déodorants, dentifrices…), les produits de beauté et de soin (maquillage, crèmes, produits pour bébés et de protection solaire…), et les produits capillaires (shampooings, laques, gels, mousse coiffante, colorations).

La FEBEA accompagne des entreprises de toute taille dans le développement de leur activité. Notre équipe répond à leurs questions dans de nombreux domaines : social, export, réglementaire, juridique, communication, scientifique, environnement, économie… Elle contribue également à la formation et propose des webinaires, des conférences, des réunions thématiques pour aider au développement des  compétences. Elle délivre également les documents nécessaires à l’exportation des produits cosmétiques (Certificats de Vente Libre, attestations…).

La FEBEA est également le porte-parole du secteur. Elle est donc l’interlocuteur privilégiée de la presse, des pouvoirs publics et des communautés scientifiques sur tous les sujets qui concernent les entreprises de cosmétique.

2- En mars 2018, vous avez publié le livre blanc « économie circulaire et secteur cosmétique », quelles ambitions poursuivez-vous avec ce document ?

Ce premier Livre blanc sur l’économie circulaire dans le secteur cosmétique recense 120 bonnes pratiques, qui ont été développées par des entreprises de toutes tailles pour minimiser l’impact environnemental lié à la fabrication des produits cosmétiques.

Il a été pensé comme un outil de partage des bonnes pratiques. Il présente le chemin parcouru pour assurer une utilisation raisonnée et durable de la biodiversité, favoriser l’écoconception des formules et des emballages, optimiser les processus de fabrication et promouvoir une consommation responsable.

C’est aussi un témoignage concret sur l’engagement des marques cosmétiques en matière d’environnement. Nous restons humbles. Tout n’est pas parfait mais le chemin parcouru est significatif et nous sommes individuellement et collectivement dans une démarche constante de progrès.

3- Dans ce livre blanc, l’emballage a une place à part entière. Au-delà des problématiques environnementales, pouvez-vous rappeler toute l’importance de l’emballage pour l’expérience client ?

Les emballages tiennent une place fondamentale dans l’univers de la cosmétique.

Ils sont indispensables pour transporter les produits, protéger les formules et les maintenir le plus longtemps possible en conformité avec les normes sanitaires les plus exigeantes, tout en conservant leur efficacité.

L’emballage est également le support pour les mentions légales obligatoires (au sens du Règlement cosmétique européen 1223/2009) :

  • nom et l’adresse de la « personne responsable »,
  • pays d’origine si le produit est importé,
  • contenance en poids ou en volume,
  • selon la durabilité du produit : la mention « à utiliser de préférence avant fin… » ou la période après ouverture (PAO),
  • les précautions d’emploi,
  • le numéro du lot,
  • la fonction du produit,
  • la liste des ingrédients exprimée grâce à la nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques, dite liste INCI.

Le fabricant peut aussi indiquer d’autres informations qui aideront le consommateur à faire un choix adapté à ses désirs, ses besoins ou à ses convictions, tels que : conseils d’utilisation, matériau d’emballage, écolabel, certification, consignes de tri ….

Les matériaux d’emballages, et en premier lieu le plastique qui est le plus utilisé, permettent une grande diversité de formats qui répond aux différents besoins du consommateur : par exemple, format familial ou nomade, emballage adapté aux enfants.

Il permet aussi d’apporter des services pour la consommation : bouchon qui délivre la juste dose, emballage pour un conditionnement stérile pour certaines catégories de produits.

Enfin, l’emballage participe à l’expérience sensorielle des produits cosmétiques : beaucoup de femmes gardent leur flacon de parfum une fois vide parce que le flacon est un bel objet. Certaines marques de luxe développent des produits rechargeables, qui au-delà de l’intérêt environnemental permet de garder un accessoire élégant dans leur salle de bain ou leur sac.

4- Dans votre livre blanc, le CNE est cité en référence « boite à outils », selon vous, est-ce que vos adhérents se sont appropriés les documents CNE (notamment son guide d’éco-conception du couple produit emballage, son guide rédactionnel des allégations environnementales, son rapport : Emballages et économie circulaire) ?

La FEBEA a participé aux groupes de travail sur la rédaction de ces différents guides. Elle les communique à l’ensemble de ses adhérents pour qu’ils s’approprient ces recommandations et ces bonnes pratiques. Mon équipe s’appuie aussi très souvent sur les documents édités par le CNE pour répondre à leurs interrogations.

 5- Parmi les bonnes pratiques identifiées de vos adhérents, pourriez-vous nous mentionner les grandes thématiques que ces derniers s’approprient en termes de stratégie économie circulaire ?

  • Pour éco-concevoir les emballages, nous avons identifié plusieurs leviers :
    Choisir les matériaux présentant l’empreinte environnementale la plus réduite possible :
  • utiliser des matériaux recyclables et recyclés,
  • incorporer des matières premières de recyclage,
  • recourir aux papiers et cartons provenant de forêts gérées durablement,
  • supprimer les notices, les imprimer à l’intérieur des emballages,
  • imprimer les emballages avec des encres à base d’huiles végétales. 
  • Réduire la taille et le poids des emballages,
  • Proposer des recharges,
  • Améliorer la recyclabilité de l’emballage,
  • Eco-concevoir aussi la publicité sur le lieu de vente. 

6- Selon vous, quels sont les enjeux sociétaux auxquels l’emballage de produits cosmétiques devra répondre ces prochaines années compte tenu des réglementations européenne et française à venir ?

Les emballages de produits cosmétiques représentent 2% des 5 millions de tonnes d’emballages mis sur le marché chaque année en France. De nombreuses entreprises cosmétiques se sont engagées dans la démarche de l’économie circulaire, qui pour beaucoup s’intègre dans leur stratégie globale. Notre livre blanc en témoigne. Il est indéniable que l’ensemble du secteur est porté par cette dynamique et s’engage dans cette voie.

Il est nécessaire de s’adapter au changement des modes de consommation et de production durables. Il convient également de se préparer aux évolutions réglementaires, qui pourraient intervenir dans le cadre de la Feuille de route française de l’économie circulaire et du Paquet Economie circulaire à l’échelle européenne. Dans ces perspectives, les entreprises prennent leurs responsabilités et s’engagent à éco-concevoir leurs formules et leurs emballages pour favoriser l’utilisation durable des ressources, ainsi qu’à fabriquer durablement.

Le plastique et son intégration dans une boucle de production et de consommation fermée est l’enjeu le plus urgent et fait l’objet de réflexions et de plans d’action dans les entreprises, particulièrement les grands groupes internationaux.

Les consommateurs sont aussi de plus en plus sensibles à la réduction des emballages. C’est clairement le challenge des équipes marketing avec plusieurs difficultés : la Règlementation impose de nombreuses mentions sur les emballages. Il faut donc de la place.

Par ailleurs, les marques cosmétiques sont souvent globales (la France est le premier exportateur au Monde de parfums et de cosmétiques !). Les consommateurs du Moyen Orient ou d’Asie n’ont pas les mêmes préoccupations.

Enfin la promotion d’une consommation durable est un enjeu majeur pour les marques et notre organisation. L’économie circulaire engage également les consommateurs pour adopter des éco-gestes : faire un bon usage de l’eau, utiliser la juste dose, améliorer les gestes de tri, car la grande majorité des emballages de la salle de bain se trient et se recyclent !

C’est le message que le FEBEA a diffusé à l’occasion des campagnes Keskistri et Kistri en collaboration avec CITEO. Améliorer le tri pour augmenter la collecte des emballages ménagers est un autre enjeu majeur des années à venir.

7- Le CNE est à l’écoute de vos adhérents, quels sujets seraient-ils nécessaires de documenter dans le cadre de ses groupes de travail ?

Principalement les enjeux liés à la recyclabilité des emballages.
En ce qui concerne tout particulièrement les emballages en plastique, comment favoriser la fermeture de la boucle pour la filière ?

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