Interview de Sandrine SOMMER – ‎Directrice Développement Durable et RSE chez GUERLAIN

Interview de Sandrine SOMMER – ‎Directrice Développement Durable et RSE chez GUERLAIN

  1. Pouvez-vous nous présenter votre fonction et les activités de Guerlain en quelques mots ?

Après avoir dirigé le département Packaging de la Maison Guerlain j’ai pris mes fonctions de Directrice Développement Durable de Guerlain (et créé le poste) en 2007 alors que Laurent Boillot, devenait Président-Directeur Général et décidait de placer la responsabilité sociale et environnementale au cœur de la stratégie d’entreprise de Guerlain et au centre de ses créations.

Formalisé dans une Charte, l’engagement durable de Guerlain est conduit par une Direction Développement Durable que j’ai donc l’honneur de représenter depuis sa création ; je me suis par ailleurs entourée d’un Comité de Pilotage qui représente toutes les structures et l’ensemble des métiers de la Maison.

Notre démarche s’est structurée autour de quatre enjeux clés correspondant chacun à des objectifs ambitieux que l’on mesure et que l’on améliore, avec toujours en tête cette idée de transmission et de patrimoine.  Ces enjeux quels sont-ils ?

  • La préservation de la biodiversité. Nous sommes déjà engagés sur des filières durables de matières premières iconiques de Guerlain. Nous avons également réalisé un travail considérable sur la protection des abeilles, notamment à Ouessant, et poursuivons aujourd’hui avec une ambition mondiale.
  • Notre second enjeu, L’écoconception est probablement l’un des plus complexe. Il s’agit de faire aussi beau, voire plus beau mais en préservant les ressources de la planète. Nous nous sommes fixés l’objectif que 100% de nos nouveaux produits soient éco-conçus d’ici 2020.
  • Ensuite concernant le climat, nous nous sommes engagés à réduire nos émissions CO2 de moitié par rapport à 2007, en favorisant par exemple le transport maritime.
  • Enfin, sur le sujet de la solidarité, qui nous tient particulièrement à cœur, nous accompagnons une association mondiale dédiée à l’estime de soi, Belle et bien. Cette association (Look Good Feel Better à l’international) propose des ateliers de beauté gratuits dans les hôpitaux pour les femmes en traitement contre le cancer. D’ici 2020, nous souhaiterions les soutenir dans tous les pays où Guerlain est implanté.

Ces dix ans d’engagement ont donné aux collaborateurs une vision claire de nos principaux enjeux environnementaux et sociaux et ont renforcé leur capacité d’action sur chacun des sujets afférents à leur domaine d’activité, car ils sont pleinement acteurs de la démarche. Dès les débuts, le Développement Durable s’est en effet imposé comme un projet collectif porté par l’ensemble des équipes et est devenu un élément d’adhésion et de fierté, un projet qui est également partagé par nos fournisseurs et nos clients.

  1. En 2018, dans votre domaine qu’est le luxe, pensez-vous que le Luxe peut se conjuguer avec le développement durable ? Avez-vous des exemples ?

Je suis absolument convaincue que luxe et le développement durable constituent une très belle alliance, nécessaire qui plus est. De multiples éléments entre luxe et développement durable se rejoignent qui sont presque naturels voire consubstantiels. Notamment la notion de temps long, de sélection de matières premières rares et précieuses qu’il faut protéger, de savoir-faire qui sont à transmettre … En revanche, je concède qu’il est parfois malaisé de communiquer car nous avons bien conscience de ne pas être encore exemplaires, mais qui l’est à l’heure actuelle ??? C’est une démarche d’amélioration continue, une construction à petits pas et sans compromis avec la qualité et le prestige d’une maison de luxe. La vision « écologiste réductrice » du développement durable est révolue, il faut valoriser les innovations belles et durables pour concilier les deux. C’est tout l’enjeu et notre public du luxe est de plus en plus sensible à ces arguments. Pour nos clientes, c’est comme une évidence, à partir du moment où l’on est une marque de luxe, on fait les choses bien. C’est un accord tacite entre la marque de luxe et son public, un pré-requis. C’est à nous d’aller plus loin et d’anticiper leurs questions et leurs aspirations. Nous partageons par exemple depuis longtemps sur nos matières rares et naturelles, Aujourd’hui, nous allons plus loin dans notre discours en soulignant notre engagement pour protéger la biodiversité autour de ces écosystèmes rares. Nous avons un rôle de prescripteur, de formateur, c’est à nous de sensibiliser nos clientes pour celles qui seraient encore un peu éloignées du sujet.  Outre le cas Guerlain, et si je devais citer des exemples concluant de l’alliance du luxe et du développement durable j’inviterais vos lecteurs à se pencher sur les réalisations depuis 25 ans de la direction de l’Environnement du Groupe LVMH, plus ancienne et mature direction environnement dans un groupe français.

  1. De la même manière, la RSE peut-elle être source d’innovation d’un point de vue emballage des produits GUERLAIN ? Avez-vous des exemples ?

Source d’innovation, de créativité et d’engagement pour nos équipes, l’éco-conception nous permet chaque jour de réinventer le luxe de manière plus responsable et durable. C’est d’ailleurs l’un de nos objectifs majeurs dans notre stratégie développement durable. Nous développons depuis plusieurs années nos produits en limitant leur impact sur l’environnement à chaque étape de leur existence, de la conception à leur fin de vie. Dans une optique d’amélioration continue, ces progrès doivent être quantifiés, et c’est pourquoi chaque nouveau développement est noté par un indice IPE (Indice de Performance Environnementale), calculé grâce au logiciel Edibox piloté par le Groupe LVMH. Cet indice permet ainsi de donner une note entre 0 et 20 pour chaque nouveau développement mesurant ainsi son impact environnemental. Il est notamment partagé et challengé lors du Comité Innovation Durable qui réunit tous les trimestres les départements Marketing, Merchandising, et Développement Packaging de Guerlain, instance qui a été mise en place pour accélérer et multiplier les projets éco-conçus. L’an passé, notre Président a fixé un cap audacieux : 100% des nouveaux produits de la Maison seront éco-conçus en 2020 c’est-à-dire que 100% des nouveaux produits devront avoir un IPE supérieur à 12/20. Parmi les actions phare de Guerlain en termes d’éco-conceptions réalisées ces dernières années, nous sommes notamment très fiers du travail effectué avec le soin Orchidée Impériale. Outre nos recherches sur la préservation de l’orchidée, nous avons lancé fin 2016 la 4ème génération de La Crème Orchidée Impériale. Son pot revêt un design plus organique : poids de verre allégé, volume ajusté, écrin en papier non pelliculé et calage en cellulose de pin réduisent notamment son empreinte carbone de 55% pour minimiser son impact sur l’environnement.

Nous avons aussi revu le design des flacons de nos parfums historiques et iconiques, notamment en les proposant avec des pompes dévissables pour que ces flacons soient séparables chez nos clientes et donc plus facilement recyclables.

Citons aussi notre nouveau concept Guerlain Parfumeur où nos flacons Abeille, depuis toujours rechargeables, deviennent maintenant ressourceables à l’infini grâce aux Fontaines à Parfums dans notre toute nouvelle boutique de Vendôme, mais aussi au 68 Champs-Élysées, rue des Francs Bourgeois et à Bruxelles.

Par ailleurs, nous continuons avec notre partenaire de cœur, Bilum, d’offrir une seconde vie à nos supports publicitaires en transformant des affiches publicitaires en petits carnets avec un triple impact : écologique, car cela permet d’assurer une seconde de vie à des supports éphémères, social avec les carnets réalisés par des personnes en situation de handicap, et sociétal puisque les bénéfices de la vente de ces carnets sont placés sur un Fonds de Soutien Guerlain qui permet de défendre les causes qui nous sont chères.

  1. Le développement durable est au cœur des préoccupations de Guerlain. Comment intégrez-vous cette dimension au sein de l’entreprise notamment par rapport au profil de vos consommateurs ?

Nous sommes à la fois fiers du travail effectué en matière de développement durable depuis plus d’une décennie maintenant et déterminés à aller plus loin encore. Nous allons faire savoir au plus grand nombre toutes les actions que nous avons réalisées depuis dix ans et toutes celles sur lesquelles nous nous engageons pour les dix prochaines années.

Quand à nos clients, nous sommes persuadés que notre engagement durable est un véritable supplément d’âme pour nos créations et notre Maison. Nous avons encore du chemin à parcourir auprès de nos clientes (et celles qui ne le sont pas encore !) pour faire connaitre notre engagement et qu’il devienne un vecteur différent et complémentaire à nos produits et à notre histoire singulière, de notoriété, d’intérêt, d’attachement. Car communiquer n’est pas seulement dire, c’est aussi partager avec tous la certitude que nous construisons une croissance plus durable et plus respectueuse du monde. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à aspirer à être belles, tout en respectant la beauté du monde et de son humanité. Et comme je le disais précédemment, je considère que nous avons un rôle de prescripteur sur ce sujet-là auprès de nos clientes fidèles … Et nous avons une formidable opportunité d’aller « recruter » de nouvelles clientes, les « très engagées » et qui sont de plus en plus nombreuses notamment dans le jeunes générations …

  1. L’une des missions du CNE est d’œuvrer pour le « Juste Emballage » et pour cela, rédige des documents par l’intelligence collective des acteurs. Seriez-vous prête à contribuer à nos groupes de travail ?

Bien entendu avec grand bonheur, cela fait partie intégrante du développement durable que de contribuer en toute humilité aux travaux liés à « l’intelligence collective » dans notre profession. Et il me semble primordial d’associer à ce groupe de travail notre Directeur Développement Packaging qui fait partie du comité Développement Durable et qui au quotidien, avec ses équipes, intègre et réalise le « Juste et bel emballage » de demain.

  1. Selon vous, quels sont les enjeux sociétaux auxquels l’emballage devra répondre ces prochaines années et qui pourraient faire l’objet d’un groupe de travail au CNE ?

Concernant les packagings cosmétiques, je songe à différents projets qui devraient être partagé en groupe de travail :

  • Comment accélérer le travail proposé par Verescence sur le verre recyclé ? Comment imaginer une économie circulaire plus audacieuse sur le verre de la cosmétique ?
  • Pour les plastiques, comment faire en sorte qu’ils soient fabriqués de plus en plus voire exclusivement à partir de recyclé ?
  • Quelle solution à apporter pour limiter notre impact environnemental avec le développement du commerce digital et l’explosion des solutions packaging carton pour protéger le conditionnement de produits fragiles ?
  • et aussi continuer comment accélérer la rechargeabilité, la ressourceabilité et le développement de gros contenants ?
  • et comment répondre à la tendance « zéro waste » qui se démocratise ?
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