Interview de Gwendoline RIOU –  EU Public Affairs and Communications Manager – EUROPEN

Interview de Gwendoline RIOU – EU Public Affairs and Communications Manager – EUROPEN

  1. Pouvez-vous nous présenter votre fonction et les activités d’EUROPEN en quelques mots ?

Je suis, depuis 2016, responsable des affaires publiques européennes et de la communication au sein d’EUROPEN.

Créée en 1993, EUROPEN – l’Organisation Européenne pour l’Emballage et l’Environnement est une fédération intersectorielle représentant les acteurs de la chaîne d’approvisionnement de l’emballage en Europe, des producteurs de matière première jusqu’aux marques mettant sur le marché. Nos membres sont principalement des entreprises multi-nationales mais comptent également une dizaine de fédérations nationales. EUROPEN représente par ailleurs l’ensemble des matériaux d’emballage, qu’il s’agisse du plastique, verre, métal ou papier-carton.

EUROPEN représente les intérêts de ses membres auprès des décideurs politiques européens, afin d’assurer un traitement juste, équitable et proportionné des acteurs de la chaîne de l’emballage dans les politiques publiques européennes. EUROPEN travaille également à la préservation d’un marché unique européen au sein duquel les emballages et les marchandises emballées peuvent circuler librement, tout en s’assurant que les produits et l’environnement soient préservés. En ce sens, EUROPEN s’attache à lutter contre les barrières commerciales susceptibles d’entraver leur libre circulation. Les membres d’EUROPEN s’engagent par ailleurs à continuellement améliorer les performances environnementales de leurs emballages et de leurs produits tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

  1. Vous avez participé à la table ronde CNE qui a eu lieu sur le salon All4pack-2018.

Pouvez-vous nous résumer les évolutions à venir de la règlementation européenne sur les emballages ainsi que les enjeux/risques et opportunités associées ?

Je remercie CNE pour l’organisation de cette table ronde qui a permis d’échanger sur les récentes réglementations européennes qui vont prochainement s’appliquer en France et impacter le secteur de l’emballage, parmi lesquelles le paquet Economie Circulaire (qui révise la Directive cadre déchets et la Directive Emballages et Déchets d’Emballages) et la Directive relative aux Plastiques à Usage Unique, qui vise principalement à lutter contre la pollution marine.

Le paquet Economie Circulaire augmente notamment progressivement les objectifs de recyclage pour chaque matériau d’emballage d’ici 2025 et 2030, tout en harmonisant la méthode de calcul du recyclage au niveau européen, dans le but d’obtenir des données nationales plus ajustées et davantage comparables.

Le paquet Economie Circulaire introduit également un certain nombre de règles à respecter par les éco-organismes en charge de la responsabilité étendue des producteurs (REP), tel que Citeo en France, qui devrait permettre d’augmenter la performance, la transparence et la rentabilité de fonctionnement de ces organismes dans l’ensemble des Etats membres; et donc permettre d’atteindre, in fine, de meilleurs taux de recyclage en Europe. Ce nouveau cadre législatif devrait également permettre une meilleure définition des rôles et responsabilités de chaque acteur impliqué dans la gestion des déchets. Ce cadre définit notamment les obligations financières à charge des producteurs. Il implique également la mise en place d’une éco-modulation des contributions financières des producteurs, plus ou moins sur le même principe du bonus-malus français, encourageant davantage la recyclabilité et le réemploi des emballages.

La Directive relative aux Plastiques à usage unique, qui doit quant à elle être formellement adoptée par les institutions européennes au printemps, vise à l’interdiction en Europe d’un certain nombre de produits plastiques à usage unique, parmi lesquels les contenants alimentaires et de boissons en polystyrène étendu ou encore les pailles en plastiques. Les Etats membres sont aussi contraints à mettre en place des mesures de “réduction de consommation” de certains emballages tels qu’un certain nombre de contenants alimentaires en plastique à usage unique. La législation requière également que les bouteilles en plastique et briques en carton soient conçues d’ici 2024 de telle sorte que leur bouchon reste attaché à la bouteille. L’Union européenne impose également que les bouteilles en PET mises sur le marché contiennent 25 % de contenu recyclé à partir de 2025, et que ce pourcentage soit étendu à 30% pour toutes les bouteilles (pas uniquement PET) à partir de 2030.

Les producteurs d’un certain nombre d’emballages sont également tenus financièrement responsables des coûts de nettoyage des déchets sauvages. Une mesure jugée disproportionnée par EUROPEN, dans la mesure où les sources de pollution marine sont multifactorielles et sa responsabilité partagée entre une pluralité d’acteurs. La méthode de calcul et le champs d’application de cette mesure restent encore à définir par la Commission européenne.

L’enjeu pour le secteur de l’emballage, qu’EUROPEN représente au niveau européen, est désormais de s’assurer que toutes ces mesures soient transposées de façon harmonisée au niveau européen et n’aboutissent pas à la fragmentation du marché intéreur, en créant des barrières nationales entravant la libre circulation des marchandises emballées en Europe. Le marché interieur est essentiel à l’industrie tant française qu’européenne, en ce sens qu’il rend possible les économies d’échelle nécessaires à l’investissement dans les innovations (y compris éco-innovations) permettant d’atteindre les objectifs de l’économie circulaire. Ces objectifs ont davantage de chances d’être atteints dans le cadre d’une seule économie circulaire à l’échelle européenne et non à travers 28 différentes.

  1. Dans des temps où l’emballage est en ligne de mire dans les médias, dans quelle mesure le partenariat CNE- EUROPEN est-il important ?

L’emballage n’est pas seulement en “ligne de mire” dans les médias; il l’est également, et peut-être même avant tout, dans les politiques publiques, et ce d’autant plus avec les élections européennes à venir. La Directive relative aux Plastiques à Usage Unique, est déjà utilisée comme faire-valoir de l’action européenne dans la campagne européenne qui vise à inciter les citoyens à aller aux urnes en mai. Les politiques publiques européennes se décident à Bruxelles mais se transposent dans les Etats membres. Le lien entre ses deux échelons reste un enjeu fondamental pour les industries, y compris du secteur de l’emballage, d’où l’importance de conserver et d’entretenir cet échange régulier d’expertise entre EUROPEN (au niveau européen) et CNE (au niveau national) afin de préparer le plus en amont possible cette transition vers une économie circulaire et sa transposition au niveau national. Nous espérons vivement continuer cette collaboration fructueuse pour nos deux organisations et les membres qu’elles représentent chacune.

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