Interview de Carlota VICENTE-  Chargée des affaires environnementales à la FEBEA

Interview de Carlota VICENTE- Chargée des affaires environnementales à la FEBEA

  1. Pouvez-vous nous présenter votre fonction et les activités de la FEBEA en quelques mots ?

Je suis Chargée des Affaires Environnementales à la FEBEA et, comme ma fonction l’indique, je m’occupe des questions environnementales en lien avec le secteur cosmétique et plus particulièrement des dossiers relatifs à l’économie circulaire dont beaucoup de sujets concernent les emballages.  Mes fonctions consistent pour une large part à répondre aux questions diverses des adhérents sur la règlementation environnementale existante. J’assure aussi une mission de veille règlementaire et d’information aux adhérents.  Enfin, j’organise et anime des groupes de travail pour échanger collectivement autour des enjeux environnementaux du secteur.

La FEBEA est l’unique syndicat professionnel des entreprises fabricantes opérant en France (parfum, soin, maquillage, produits d’hygiène, etc.). Nous fédérons plus de 300 adhérents (82 % TPE/PME et 18 % grands groupes) représentant plus de 95 % du chiffre d’affaires du secteur.

En tant que syndicat professionnel, nous avons une mission de représentation d’intérêts du secteur par une forte présence auprès des pouvoirs publics, ainsi qu’une mission d’information à l’égard de nos membres, de nos parties prenantes et de la société civile plus globalement. Nous apportons aussi un service technique, juridique et social à nos adhérents.

Dans un contexte de développement durable, les syndicats professionnels prennent toute leur place et acquièrent un nouveau rôle : celui de fédérer les initiatives individuelles et de catalyser les projets collectifs, tout en étant force de proposition.

  1. La FEBEA a rejoint cette année le CNE en tant qu’adhérent à son 1ercollège (Entreprises des produits de consommation) : pourriez-vous nous expliquer ce qui mobilise FEBEA à supporter le CNE et ses actions ?

La FEBEA participait déjà activement aux groupes de travail du CNE en tant que membre invité, nous avons notamment participé à la rédaction de la récente publication « Matières recyclées et emballages : état des lieux, les atouts, les freins, les enjeux et les perspectives ». En 2019, nous avons formalisé notre adhésion.

Les raisons qui mènent la FEBEA à supporter le CNE et ses actions sont multiples. D’une part, l’emballage joue un rôle important dans l’univers cosmétique, dans la mesure où il est indispensable pour protéger et maintenir le plus longtemps possible les produits dans le respect des normes sanitaires et parce qu’il présente également beaucoup d’autres fonctions (notamment sociologiques). D’autre part, nous sommes pleinement conscients du fait que l’écoconception des emballages restera dans les années à venir au coeur des préoccupations de l’industrie cosmétique.

Nous souhaitons, en outre, pouvoir intégrer et représenter les spécificités de notre secteur dans les réflexions autour de l’écoconception au sein du CNE. Nos entreprises font de plus en plus d’efforts d’écoconception de leurs emballages, comme en témoigne le livre blanc « Economie circulaire et secteur cosmétique », que nous souhaitons partager.

Par ailleurs, intégrer des groupes de travail autour de l’écoconception avec d’autres acteurs de la chaine de valeur qui partagent une vision d’ensemble du cycle de vie du produit constitue un levier de progrès et une importance majeure de nos jours.

  1. La FEBEA a intégré le groupe de travail sur la révision du document « guide méthodologique d’éco-conception des produits emballés »

  • Quels sont les points positifs que vous retenez de cette expérience d’intelligence collective ?

Au-delà du fait de pouvoir contribuer à un tronc commun de « principes » d’éco-conception, j’ai surtout apprécié l’opportunité de contribuer, entourée d’autres acteurs engagés, à démystifier les idées reçues sur un sujet qui donne lieu aujourd’hui à un débat parfois passionné. Il est important de rappeler qu’une action d’écoconception doit constituer une véritable solution vis-à-vis de l’efficacité du produit et de son unité fonctionnelle et ne pas s’agir d’un transfert de pollution ou compromettre la sécurité du consommateur.

  • Quelles suites à donner au thème de l’éco-conception au sein du CNE ?

Une déclinaison de ce guide adapté aux problématiques de la cosmétique, secteur dans lequel l’éco-conception est particulièrement challenging vis-à-vis de l’utilisation d’emballages complexes qui correspondent à des attentes du consommateur (l’aspect esthétique est un important composant de nos emballages).

Pour les cosmétiques, l’usage d’emballages secondaires a tendance à diminuer, mais il convient de rappeler que certains contribuent à valoriser le produit (expérience sensorielle apparentée par les consommateurs à l’ouverture d’un cadeau ou à l’ouverture d’un emballage de luxe).

  1. La FEBEA a publié en mars 2018 son livre blanc sur « Economie circulaire et secteur cosmétique», Quelles sont les thèmes touchant au Juste Emballage qui vous semblent importants de mettre en avant ?

Le livre blanc « Economie circulaire et secteur cosmétique » documente 120 bonnes pratiques de l’industrie cosmétique. Les thèmes concernant l’emballage qu’il nous semble important de mettre en avant sont :

  • limiter l’impact environnemental des matériaux (en utilisant par exemple les matières premières recyclées) ;
  • réduire le poids et la taille de l’emballage, par exemple en raison d’une concentration du produit (moins de produit pour le même volume de substance active) ;
  • proposer des recharges ;
  • améliorer la recyclabilité des emballages.

Les solutions mises en place par les entreprises ont souvent fait l’objet d’une analyse de cycle de vie afin de trouver la solution plus adaptée à l’unité fonctionnelle du produit. L’exemple de la gamme Orchidée Impériale de GUERLAIN illustre l’importance d’une analyse de cycle de vie globale : dans un souci d’écoconception, la marque a introduit des pots rechargeables lourds et résistants. Le constat de l’échec de cette initiative (le nombre de recharges achetées par les consommateurs n’était pas suffisamment élevé) a poussé GUERLAIN à repenser les emballages (diminution du poids de l’emballage et de la taille du coffret, travail sur la recyclabilité) pour une diminution de 58% de l’empreinte carbone des produits alors même que leur emballage n’est plus réemployable.

  1. Quelles sont les préoccupations majeures des adhérents de la FEBEA concernant les emballages ? Le CNE peut-il être légitime à documenter certaines de ces préoccupations ?

La préoccupation majeure pour nos adhérents est de mettre en place des solutions pour les emballages qui soient environnementalement vertueuses assurant les fonctions dédiées au produit et à l’usage consommateur ainsi que leur sécurité sanitaire tout en étant économiquement viables et correspondant aux attentes du consommateur.

Selon un expert de notre industrie « L’emballage est le premier lien identitaire entre une marque et son consommateur (…). Il doit respecter l’identité des marques tout autant que satisfaire les attentes de l’utilisateur. Il faut savoir conjuguer dans sa conception, le sensoriel, le rationnel, l’émotionnel tout en intégrant les critères durables et sociétaux, exigence omniprésente liée à notre politique environnementale ». (Extrait du livre blanc Economie circulaire et secteur cosmétique)

Ainsi, pour notre secteur, la difficulté majeure reste la conciliation de l’amélioration de la recyclabilité des emballages ou bien l’intégration de matières premières recyclées dans des emballages qui se veulent robustes et complexes afin d’assurer un résultat qui corresponde à leur image et à celle du consommateur ainsi qu’aux exigences sanitaires.

Le CNE serait tout à fait légitime pour documenter nos préoccupations en matière d’emballage et pourquoi pas une collaboration avec la FEBEA pour une déclination du guide d’éco-conception adapté aux spécificités du secteur cosmétique ?

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